Nova Scotia Archives

Les Afro-Néo-Écossais

à l'époque de l'esclavage et de l'abolition


Réfugiés noirs, 1813-1834

La Guerre de 1812, tout comme la guerre de l'Indépendance trente ans auparavant, fournit aux esclaves afro-américains l'occasion d'échapper aux chaînes de ce qu'on appelait « l'Institution particulière ». En avril 1814, les autorités militaires britanniques offrirent aux Américains qui désertaient en faveur des Britanniques la possibilité de s'enrôler au service de l'armée britannique ou d'aller comme colons libres dans l'une des colonies britanniques. Cette offre fut faite en partie en réponse aux esclaves fugitifs qui s'étaient déjà ralliés aux Britanniques. Bien qu'elle ne s'adressait pas spécifiquement aux esclaves, l'intention de la proclamation était claire.

Environ 4000 esclaves afro-américains, venus principalement de la côte de Géorgie et de la région de Chesapeake (Maryland et Virginie), profitèrent de cette occasion pour échapper à l'esclavage. Près de 2000 d'entre eux arrivèrent en Nouvelle-Écosse entre septembre 1813 et août 1816 sur des navires de la marine et des bateaux privés affrétés par les Britanniques. Les autres s'établirent à Trinidad et dans d'autres colonies britanniques. Parmi les 2000 personnes arrivées en Nouvelle-Écosse, 400 ou plus s'établirent au Nouveau-Brunswick en mai 1815.

Une fois en Nouvelle-Écosse, les colons afro-américains furent confrontés à un gouvernement et à une société qui supportaient mal leur présence. En fait, les autorités tentèrent à maintes reprises de les expulser. En 1817, le lieutenant-gouverneur lord Dalhousie recommanda au gouvernement britannique que les réfugiés soient renvoyés aux États-Unis ou bien envoyés en Sierra Leone. Toutefois, il abandonna son projet après leur avoir rendu visite et avoir découvert que « aucun d'entre eux ne souhaitait retourner chez son maître, ou en Amérique ».

En dépit de ce recul, Dalhousie prit bientôt des dispositions pour que les nouveaux colons soient déménagés à Trinidad. Il lança une campagne intensive pour les convaincre de partir. Toutefois, seulement 95 personnes choisirent d'émigrer à Trinidad en 1821. Ceci contrastait nettement avec l'exode des Afro-Néo-Écossais libres vers la Sierra Leone en 1792. L'immense majorité des colons afro-néo-écossais durant et après la Guerre de 1812 choisirent de rester en Nouvelle-Écosse, refusant d'aller dans un quelconque pays où existait encore l'esclavage.

Les nouveaux colons afro-néo-écossais, comme la génération qui les avait précédés, furent confrontés à des conditions extrêmement difficiles. À la fin de la Guerre de 1812, la colonie sombrait dans la dépression économique et l'immigration européenne augmentait. Un grand nombre d'hommes noirs nouvellement arrivés ne pouvaient pas trouver de travail et les femmes trouvaient seulement des emplois mal payés de domestiques ou de femmes de ménage.

Les immigrants s'établirent à Preston, Hammonds Plains et Beechville ('Refugee Hill'), Five Mile Plains, Beaverbank, Prospect Road, Halifax, Dartmouth et ailleurs. La communauté la plus importante était celle de Preston, suivie par ce qui est maintenant Upper Hammonds Plains et puis Beechville. Les colons noirs reçurent des permis d'occupation pour des parcelles de terre de dix acres, souvent de médiocre qualité et qui ne pouvaient pas raisonnablement produire une récolte suffisante pour permettre à une famille de survivre. Ceux qui réussissaient à produire suffisamment de nourriture se montraient généreux à l'égard de leurs voisins affamés - mais, à la fin des longs hivers, ils se retrouvaient tous sans ressources. Dans la mesure où les colons noirs avaient seulement des permis d'occupation, ils ne pouvaient pas vendre les terres sur lesquelles ils vivaient pour aller s'installer dans une autre région de la Nouvelle-Écosse. Finalement, en 1834, 30 hommes de Upper Hammonds Plains reçurent une allocation de 600 acres. Un peu plus tard, en 1842, une allocation de 1800 acres à Preston remplaça les permis d'occupation délivrés en 1816. Certains des colons furent en mesure d'acheter des terres, par exemple, Tobin Maxfield et neuf autres, portant tous le nom de famille d'Hamilton, près de Fletchers Brook (Wellington) en 1815; et Isaac Fitchet et Sergeant Pelotte dans le canton de Windsor (Five Mile Plains) en 1816. Quelques autres louaient des terres à des propriétaires fonciers.

La plupart des colons noirs tentaient de compléter leur production agricole en travaillant comme journalier ou autre. Par exemple, ils travaillaient sur les bateaux ou trouvaient de l'emploi comme charpentiers à Halifax. Les femmes noires allaient au marché du samedi pour vendre des produits fermiers, des paniers et toute autre chose qui pouvait les aider à joindre les deux bouts. Le recensement de 1816-1817 de la ville de Halifax révèle une population noire de 745 personnes, sur une population totale de 11 156. Une comparaison avec les recensements précédents montre que plus de la moitié de ces habitants noirs de Halifax étaient venus après la Guerre de 1812.

L'an 1834 vit la mise en application de la Loi de 1833 qui abolissait l'esclavage dans toutes les colonies Britanniques. Pour les Noirs, ceci constituait une importante victoire. Toutefois, de nombreux Néo-Écossais blancs craignaient ces conséquences. Ils pensaient que la fin de l'esclavage pourrait signifier davantage d'immigration noire. Afin d'éviter l'arrivée massive de Noirs venus des Caraïbes, la législature néo-écossaise promulgua une loi qui interdisait l'immigration d'anciens esclaves des Antilles britanniques. Toutefois, le gouvernement britannique rejeta cette loi, sous le prétexte qu'elle entraînerait un traitement inéquitable des différentes classes des sujets de Sa Majesté.

Les Afro-Néo-Écossais restèrent profondément conscients de la poursuite de l'esclavage aux États-Unis. En 1856, le pasteur responsable de l'Église anglicane St. John, à Preston, signala que les habitants baptistes de Preston lui amenaient leurs enfants à baptiser. Le motif donné était la nécessité d'un certificat de baptême pour protéger la liberté de leurs enfants au cas où ceux-ci seraient emmenés dans le sud des États-Unis. Quelques années plus tôt, une femme de Porters Lake avait demandé au même pasteur de baptiser son fils qui s'apprêtait à partir en mer. Son intention était d'obtenir la preuve de son statut d'homme libre et d'empêcher qu'il ne soit réduit à l'esclavage s'il était capturé.

L'histoire des colons afro-néo-écossais de 1813-1816 ne concerne pas uniquement la lutte et la survie mais aussi le développement de la communauté. Les colons arrivèrent sans ressources, sans abri et bien souvent malades. À cause des systèmes d'esclavage très différents, en termes de main-d'œuvre et de culture, qui prévalaient sur la côte de Géorgie et dans la région de Chesapeake, les réfugiés étaient un groupe très diversifié. Ils développèrent une expérience et une culture communes seulement après s'être établis en Nouvelle-Écosse.

Pourtant, dès 1834, ces colons afro-néo-écossais avaient créé des communautés avec des églises baptistes africaines et un taux élevé de fréquentation scolaire. La création de sociétés de bienfaisance comme l'African Friendly Society et l'African Abolition Society suivit peu de temps après. Ceux qui s'établirent près de Halifax prirent une part active à la vie économique de la ville, notamment comme maraîchers et marins. William Deer, l'aubergiste de Preston, immigrant de première génération de la Guerre de 1812, et William Hall, décoré de la Croix de Victoria et immigrant de deuxième génération, sont seulement deux exemples de la manière dont cette seconde vague de colons afro-néo-écossais ont marqué leur époque. En dépit de leur lutte constante contre la pauvreté, les préjugés, la médiocrité et l'insuffisance des terres, les colons afro-néo-écossais de 1813-1816 accomplirent beaucoup durant cette courte période de vingt ans.


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« Liste de 7 esclaves américains, qui ont désertés l'armée ennemie — à bord du sloop de Sa Majesté Rifleman »
date: 28 September 1813
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 420 no. 1 (microfilm no. 15464)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

Proclamation de l'amiral Cochrane
date: 2 April 1814
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 111 pages 99-100 (microfilm no. 15262)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

« Ship News » : plusieurs centaines de réfugiés noirs arrivent à Halifax le 1er septembre 1814
date: 3 September 1814
numéro de référence: Nova Scotia Archives Acadian Recorder 3 September 1814 p.3 (microfilm no. 5193)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

La prison militaire de Melville Island, Halifax, servit d'abri temporaire aux réfugiés afro-américains après la Guerre de 1812
date: 29 May 1929
Photographer: Gauvin & Gentzel
numéro de référence: Nova Scotia Archives Photo Collection: Army: General

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

« Liste des Noirs arrivés à Halifax sur le Chesapeake »
date: [1815]
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 305 no. 7 (microfilm no. 15387)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

« Liste des Noirs récemment amenés des États Unis d'Amérique et établis sur la route Windsor »
date: [1815]
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 420 no. 133 (microfilm no. 15464)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

« Liste des Noirs des États-Unis récemment amenés dans la province... »
date: 6 March 1815
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 411 no. 78 (microfilm no. 15457)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

Discours de l'Assemblée législative au lieutenant-gouverneur Sherbrooke s'opposant à l'immigration des réfugiés noirs
date: 1 April 1815
numéro de référence: Nova Scotia Archives Journal of the House of Assembly 1815 p. 107 (microfilm no. 3528)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

Contrat entre Lewis DeMolitor et le percepteur des douanes du port de Halifax pour fournir des provisions destinées aux réfugiés noirs
date: 1 May 1815
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 420 no. 17 (microfilm no. 15464)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

Contrat de servitude de David Dize
date: 18 May 1815
numéro de référence: Nova Scotia Archives MG 1 vol. 770A no. 57

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

« Nom des hommes de couleur qui sont établis sur les terres qui leur ont été cédées par Henry H. Cogswell... à la pointe du North West Arm »
date: 2 November 1815
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 420 no. 93 (microfilm no. 15464)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

« Rapport du Dr Head sur les familles noires établies à Preston »
date: 1 February 1816
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 419 no. 47 (microfilm no. 15460)

theme: Réfugiés noirs, 1813-1834

« Rapport sur les terres défrichées par les gens de couleur dans le village de Preston... »
date: 9 May 1816
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 421 no. 3 (microfilm no. 15464)

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Plan cadastral des terres de Preston
date: 19 November 1816
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 419 no. 29

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Lettre de lord Dalhousie au comte de Bathurst au sujet des réfugiés noirs
date: 29 December 1816
numéro de référence: Commissioner of Public Records  Nova Scotia Archives RG 1 vol. 112 pp. 6-9 (microfilm no. 15262)

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