Nova Scotia Archives

Le Bluenose, symbole canadien

Bluenose - 200330654

Dès le jour de son lancement, le 26 mars 1921, à Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, le Bluenose, goélette de pêche sur les Grands bancs, fut un navire plus grand que nature, ses voiles taillées et cousues dans l'étoffe des légendes, son équipage une race de marins robustes et endurants. On attendait beaucoup à la fois du navire et de son équipage — et ils donnèrent sans compter durant les huit décennies qui se sont écoulées depuis le jour du lancement.

Autrefois tout comme aujourd'hui, la presse savait flairer de loin une belle histoire; à peine le Bluenose eut-il remporté sa première course internationale des navires de pêche en octobre 1921 que les journaux locaux et internationaux s'emparèrent de l'exaltation de la victoire. Ils comprirent immédiatement qu'il ne s'agissait pas d'un quelconque navire de pêche et que les possibilités de commercialisation et d'exploitation de la goélette étaient illimitées.

Au long des années, le Bluenose fut un symbole à multiples facettes. Dans les années 20, il représentait la prééminence de la Nouvelle-Écosse dans l'industrie des pêches et le commerce international. Sa grâce indéniable, l'élégance de ses lignes et son efficacité sous voiles témoignaient des talents de son architecte, William J. Roué, et du superbe travail des charpentiers de marine de la Nouvelle-Écosse. Son capitaine, Angus Walters, et son équipage étaient célèbres dans le monde entier et suscitaient l'admiration pour leur esprit d'aventure, leur courage et leur ingéniosité face aux dangers implacables de la mer.

Durant l'époque difficile des années 30, le Bluenose sut se réinventer. Avec le panache d'une reine de carnaval, la goélette devint un navire d'apparat, exploitant sa célébrité et sa popularité pour offrir des croisières au public — et profitant de toutes les occasions de publicité qui se présentaient. En 1933, il représenta le Canada à l'exposition universelle de Chicago, sur le thème " Un siècle de progrès " et, en 1935, il prit part au jubilé d'argent du roi George V en Angleterre. Partout où allait le Bluenose, la presse suivait de près. Il connut son couronnement lors des dernières courses internationales de navires de pêche, qui furent reprises en 1938 au large de Boston et de Gloucester, au Massachusetts, et dont il sortit une fois encore vainqueur.

Après 1938, la gloire lui échappe. En dépit des efforts pour préserver le navire à titre " d'emblème national ", le Bluenose fut vendu à l'étranger et devint un " bat-la-houle " dans les Caraïbes; il fit naufrage au large d'Haïti en 1946, mais ne fut jamais oublié. Il était ancré dans les souvenirs d'Angus Walters, tout comme dans ceux des membres de l'équipage, des autres habitants de Lunenburg, des Néo-Écossais en général et de ses admirateurs dans le monde entier — tous amoureux de l'élégance, de l'audace, de la mystique insaisissable du Bluenose et de sa réputation invaincue de reine de la flottille de pêche de l'Atlantique Nord.

Comme un navire fantôme, le Bluenose resurgit en 1963. Le Bluenose II, réplique approuvée par Angus Walters et William Roué, fut construit à Lunenburg par le chantier naval Smith & Rhuland dans le cadre d'une nouvelle entreprise de commercialisation. Cette fois, le navire fut financé par la Brasserie Oland et construit tout spécialement pour faire la publicité de ses produits — tout en assurant par la même occasion la promotion du patrimoine maritime, de l'attrait touristique et du potentiel commercial de la Nouvelle-Écosse. En 1971, la goélette fut offerte en don au gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Dans les années qui suivirent, elle conserva son rôle d'ambassadeur flottant de la province.

Avec le recul, on peut voir que rien n'a vraiment changé durant la période de plus de quatre-vingts ans qui s'est écoulée depuis le lancement du Bluenose en 1921. Les deux navires ont toujours représenté une époque, un lieu et un style de vie précis — c'est-à-dire la grande époque de la voile en Nouvelle-Écosse et l'existence traditionnelle d'un peuple de marins. Les deux navires furent également exploités et commercialisés par des intérêts commerciaux — le journal Halifax Herald, la brasserie Oland, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse — à des fins qui dépassaient de loin le rôle initial du premier Bluenose, solide petite goélette des Grands bancs.

En fin de compte, même si tout cela n'est que de l'anti-modernisme, de la sentimentalité romantique ou de la mercantilisation du patrimoine culturel, c'est sans importance. Le Bluenose et son successeur restèrent tous deux des navires plus grands que nature, à la fois symboliques et mystérieux de par l'attrait qu'ils exerçaient sur tous ceux qui étaient intrigués par la mer et l'expérience maritime.

Cette exposition virtuelle présente plus de 350 images — des photos du patrimoine, des documents d'origine, des cartes et des objets divers liés à la fois au Bluenose et au Bluenose II. Le produit final est le résultat d'une collaboration entre le Service des archives et de la gestion des dossiers de la Nouvelle-Écosse (Halifax), le Musée maritime de l'Atlantique (Halifax, N.-É.) et le Musée des pêches de l'Atlantique (Lunenburg, N.-É.). Nous remercions chaleureusement le personnel des deux musées pour l'esprit de coopération qui a permis de réaliser ce projet.

L'exposition réunit les meilleures pièces de trois collections distinctes pour raconter l'histoire du Bluenose et du Bluenose II, des marins qui y naviguaient et des époques qui les virent évoluer. Et surtout, cette exposition relate comment une petite goélette intrépide des Grands bancs et sa réplique ont vogué jusque dans notre mémoire collective pour s'y ancrer à jamais, pas seulement comme une image sur un vieux timbre-poste ou sur la simple pièce de dix sous canadienne, mais comme un témoignage vivant de notre identité canadienne.


Fisheries Museum of the Atlantic       Bluenose II       Maritime Museum of the Atlantic


This project was made possible in part through the Canadian Culture Online Program of Canadian Heritage, Library and Archives of Canada and the Canadian Council of Archives.

Ce projet a été rendu possible en partie grâce au soutien du programme de numérisation de la communauté archivistique, de Bibliothèque et Archives Canada et du Conseil canadien des archives.