Nova Scotia Archives

Clara Dennis

part à la découverte de la Nouvelle-Écosse


Esquisse biographique

Clara Dennis n´est pas un nom connu dans le paysage littéraire de la Nouvelle-Écosse et très peu de gens aujourd´hui se souviennent de son œuvre et de l´intérêt qu´il a brièvement suscité au sein du public dans les années 1930. Son titre de gloire est bien modeste, certes, mais sa contribution aura été néanmoins importante à sa manière.

Clara est née à Truro (N.-É.) en 1881; sa famille est venue s´installer à Halifax peu après. Son père était William Dennis, propriétaire de la Halifax Herald Company, éditeur des deux principaux journaux de la ville au début du 20e siècle (le Herald et le Mail), fils de ses œuvres et philanthrope; il a été nommé sénateur en 1912. Sa mère était Agnes (Miller) Dennis, véritable chef de file communautaire, bien en vue dans les groupes féminins progressistes et très intéressée par l´amélioration des conditions de vie des personnes en difficulté, surtout les femmes et les enfants. La politique, la religion, l´éducation, les voyages, le travail auprès d´organismes de charité et les actualités étaient des sujets de conversation courants dans la maison familiale située chemin Coburg. Quel ménage formidable ils ont dû former!

Après avoir fait ses études de base à Halifax, Clara a fréquenté l´Université Mount Allison (Sackville, N.-B.) et l´Université Dalhousie. Elle a ensuite étudié la sténographie et la dactylographie au Halifax Business College, se préparant ainsi à travailler comme adjointe de son père dans les bureaux de la Halifax Herald Company – ce qui était considéré à l´époque comme un emploi très convenable pour une jeune femme. Le décès prématuré du sénateur Dennis en 1920 mettra fin toutefois à cet aspect de sa carrière.

Se cherchant quelque chose à faire, la curiosité de Clara au sujet de la Nouvelle-Écosse s´est éveillée; « tout a vraiment commencé quand j´étais de l´autre côté de l´océan, le jour où je suis tombée par hasard sur une carte de la Nouvelle-Écosse. Une sensation de bien-être m´a enveloppée lorsque j´ai vu la petite province à la forme curieuse et située près de l´océan, – ma propre province, mon pays d´origine... » C´était l´étincelle qu´il lui fallait et son enthousiasme a été immédiat :

C´est à ce moment-là que j´ai pris la résolution de partir à la découverte de la Nouvelle-Écosse. J´allais voyager sur ses grand-routes et sur ses routes secondaires. J´allais faire connaissance avec ses villes et ses villages. J´allais visiter les îles éloignées et peu fréquentées situées le long de sa côte. J´allais parler aux hommes, aux femmes et aux enfants que j´allais rencontrer. C´est dans leur vie que se découvrirait l´âme de la Nouvelle-Écosse...
Clara Dennis, Down in Nova Scotia, p. 1

Elle a en effet parcouru sa province natale, notant ses observations — griffonnées de manière presque illisible — et prenant des photos. Ses voyages d´agrément ont par la suite donné trois livres importants, tous dans le genre de la littérature associée aux voyages et publiés chez Ryerson Press de Toronto : Down in Nova Scotia: My Own, My Native Land (1934), More about Nova Scotia: My Own, My Native Land (1937) et Cape Breton Over (1942).

Au cours des années, Clara a aussi écrit des articles pour des journaux et des magazines, surtout sur des sujets liés aux voyages – « Into the North of Cape Breton by Motor », publié dans Canadian Motorist, mai 1929, en est un bon exemple. Elle a également rédigé le chapitre sur la Nouvelle-Écosse publié dans The Spirit of Canada, un livret souvenir préparé pour accueillir le roi George VI et la reine Elizabeth lors de leur visite au Canada en 1939.

En tant qu´auteure, le travail de Clara est réellement le produit de son époque et de l´endroit où elle vivait, mais elle avait un œil observateur, un sens aigu de l´histoire populaire, et un style de rédaction qui s´apparentait à la conversation et qui avait un rythme et un charme tout à fait uniques. Malgré qu´ils aient très peu d´importance aujourd´hui, ses livres ont néanmoins saisi l´âme d´une Nouvelle-Écosse aujourd´hui révolue. Travaillant durant l´entre-deux-guerres et parcourant la province à l´époque de la Grande Crise, Clara a rencontré beaucoup de gens, elle a vu beaucoup de choses, et elle était sans cesse optimiste dans ses observations. L´analyse critique ne faisait par partie de son programme, et V.B. Rhodenizer a bien fait de lui rendre hommage, ne serait-ce que pour « les charmants comptes rendus de voyages en voiture » qu´elle a écrits.1

L´héritage le plus important laissé par Clara est probablement l´ensemble des photos qu´elle a prises, montrant sa vie et son monde — plusieurs milliers d´images immortalisant en noir et blanc les gens rencontrés et les endroits visités au fil des ans. Bien qu´elle ait fourni une légende pour presque toutes ses photos, elle les datait rarement; il semble que la plupart aient été prises entre 1930 et 1940, et beaucoup ont par la suite été publiées dans ses livres.

Les images présentent un large éventail de sujets, saisissant sur papier un mode de vie qui n´existe plus depuis longtemps — des hommes, des femmes et des enfants, des Néo-Écossais au travail, des antiquités, des paysages, et des exemples du patrimoine bâti de la province, y compris des maisons, des églises, des phares, des granges et des structures inhabituelles comme les cabanes à choucroute sur l´île Tancook.

Bon nombre des photos de Clara ont abouti dans les albums de son père qui sont maintenant conservés au Musée de la Nouvelle-Écosse ‐ où ils ont une importance particulière pour les photos qu´ils renferment des Mi´kmaq de la Nouvelle-Écosse au début du 20e siècle; des exemples de ces photos sont également disponibles en ligne dans la Mi'kmaq Portraits Collection du Musée.

Dans l´ensemble, Clara a suivi le bon exemple de sa mère et s´est engagée dans les domaines de la philanthropie et du bénévolat au sein de la communauté. Elle n´a jamais activement cherché un emploi régulier ou salarié, et sa carrière d´auteure s´apparentait plus à un passe-temps qu´à une vocation. Elle a toutefois pris soin de se créer une vie bien à elle, et cette vie lui était importante.

En décembre 1938, l´Université Mount Allison a souligné officiellement ses contributions à la promotion et à l´amélioration de la Nouvelle-Écosse en lui décernant un doctorat honorifique en littérature. En 1939, Clara a été nommée membre à vie de la section de la Nouvelle-Écosse du Club Média du Canada (autrefois le Canadian Women´s Press Club) et elle a également été présidente de la section de Halifax de la Canadian Authors´ Association. Clara Dennis est décédée à Halifax le 16 février 1958, pratiquement dans l´oubli.

1 V.B. Rhodenizer, At the Sign of the Hand and Pen: Nova-Scotian Authors (vers 1948), p. 32.