Nova Scotia Archives

Au cœur de l'Acadie

Archives concernant la Déportation et le Grand dérangement, 1714-1768


Durant toute la vie de ceux qui ont participé à l'expulsion, des questions de responsabilité et d'obligation de rendre des comptes ont commencé à circuler, accompagnées d'accusations de suppression et de destruction de documents; le débat se poursuit encore aujourd'hui. Dans un effort pour placer les diverses discussions et récriminations dans un contexte approprié, le site Web présente l'extrait pertinent de l'article définitif de Brian Cuthbertson, « Thomas Beamish Akins: British North America's Pioneer Archivist », publié en 1977. Akins était le commissaire aux archives de la Nouvelle-Écosse de 1857 à 1891, et il a participé directement au chapitre du dix-neuvième siècle de cette controverse qui subsiste toujours.

B.C. Cuthbertson, « Thomas Beamish Akins: British North America's Pioneer Archivist », Acadiensis, VII, 1 (automne 1977), pp. 86-102; l'extrait présenté ici comprend les pages 93 à 101 et il est reproduit avec la permission de l'auteur et celle de l'éditeur.

Thomas Beamish Akins: British North America's Pioneer Archivist

/....Dans ses rapports, Akins a toujours recommandé la publication de documents choisis, comme c'était la coutume dans certains états des États-Unis. Sa motivation première était de donner au grand public accès à des documents « du plus grand intérêt et de la plus grande valeur », et en particulier des documents rattachés à

l'expulsion des Français acadiens de ce pays en 1755, un sujet qui a récemment retenu l'attention d'auteurs tant en Angleterre qu'aux États-Unis, et sur lequel beaucoup de choses sont parues ces derniers temps afin de condamner la décision prise par le gouvernement de l'époque. Les documents… jettent un autre éclairage sur ce sujet intéressant, sujet qui est maintenant devenu une question d'histoire américaine, et pour rendre justice à la province, tous les papiers qui peuvent illustrer de quelque manière que ce soit les motifs, les opinions et la conduite de ceux qui ont contribué à cette époque à la colonisation du pays et qui peuvent tendre à contredire ou à expliquer les déclarations incomplètes, ou jeter un éclairage nouveau sur des conduites jusqu'ici jugées dures et cruelles, devraient être fournis aux public.i

Même si l'Assembly Committee on the Record Commission (Comité de l'Assemblée sur la Commission des archives) a soutenu la recommandation, ce ne sera pas avant 1865 que l'Assemblée législative acceptera « que mille copies d'un volume de cinq cents pages in-octavo soient publiées à un coût ne devant pas dépasser 1 800 $.ii L'ouvrage intitulé Selections from the Public Documents of the Province of Nova Scotia, préparé par Thomas B. Akins et publié en 1869, se divisait en cinq parties. Les deux premières parties se composaient de documents liés aux Français acadiens et à leur expulsion. Dans sa préface, Akins a dit qu'il avait choisi tous les documents que possédait le gouvernement et qui « pouvaient de quelque manière jeter un éclairage sur l'histoire et la conduite des habitants français de la Nouvelle-Écosse » parce que « la nécessité de leur expulsion n'a pas été clairement perçue et les motifs qui ont mené à sa mise en œuvre ont souvent été mal compris. » La troisième partie contenait des documents rattachés aux empiètements des Français en Nouvelle-Écosse de 1749 à 1754 et à la guerre en Amérique du Nord de 1754 à 1761. Des documents concernant les débuts d'Halifax de 1749 à 1756 et la création de la première assemblée des représentants en Nouvelle-Écosse de 1755 à 1761 représentent les deux dernières parties. Francis Beamish a préparé l'index des 742 pages de documents. Les Selections ont connu une grande distribution, des exemplaires ayant été envoyés à des bibliothèques dans les Maritimes, aux bibliothèques d'Oxford et de Cambridge, à des bibliothèques des États-Unis et au British Museum.iii

Akins, tout comme beaucoup de ses comtemporains, était sensible à la critique de la déportation des Acadiens. En publiant les Selections en 1869, un de ses principaux objectifs était de corriger les malentendus entourant la déportation. En 1880-1881, il a obtenu de la Massachusetts Historical Society des transcriptions du journal du colonel John Winslow et des transcriptions de la collection du rév. Andrew Brown au British Museum concernant les Acadiens. Les extraits du journal de Winslow ont été publiés dans les Collections of the Nova Scotia Historical Society en 1883 et 1884. Ces acquisitions ont ajouté de l'intérêt à un débat qui, vers la fin des années 1880, a résulté du fait qu'Akins était accusé de suppression et de partialité dans le choix des documents concernant les Acadiens et publiés dans ses Selections.

Le débat littéraire en Nouvelle-Écosse a commencé avec la publication, dans un journal, d'un document de l'abbé Raynal intitulé A Philosophical and Political History of the Settlement and Trade of the Europeans in the East and West Indies.iv L'abbé Raynal a montré les Acadiens comme des gens vivant en parfaite harmonie avec la nature et avec eux-mêmes et il a blâmé les prêtres français et les « jalousies des nations » tout autant que les Anglais pour la déportation. Même si les extraits ont été insérés, semble-t-il, « pour l'information et le divertissement des habitants », deux participants officiels à la déportation, Richard Bulkeley et Isaac Deschamps, ont été alarmés par ces propos et ont répliqué « avec beaucoup d'éclat »dans le journal. Dans le numéro de février 1790 du Nova Scotia Magazine, on a publié le même extrait (probablement) du livre de l'abbé Raynal. Bulkeley et Deschamps étaient « aussi contrariés que s'il s'était agi d'une attaque personnelle », et ils ont rédigé une réplique qui a paru dans le numéro d'avril du Nova Scotia Magazine. Ils ont soutenu que dès 1755, « la préservation de l'État était nécessaire » et ils ont accusé l'abbé Raynal d'avoir obtenu des renseignements auprès « d'un Acadien français qui se plaint d'avoir été traité comme un sujet rebelle et avec une indulgence telle qu'on n'en a pas connue sous le régime français. »v

Dans son ouvrage intitulé An Historical and Statistical Account of Nova Scotia (1829), Haliburton s'est servi des sources qu'il a pu trouver à Halifax pour fournir un compte rendu « de l'expulsion des neutres » de la Nouvelle-Écosse. Il a trouvé « très remarquable qu'il n'y ait pas de traces de cet événement important dans les dossiers du bureau du Secrétaire à Halifax. » Il n'a pas réussi à découvrir si la correspondance, les ordonnances, les déclarations et les mémoires concernant l'expulsion avaient été conservés, mais il a pu obtenir de Boston des extraits du journal du colonel Winslow. En suggérant que « les détails de cette affaire semblent avoir été soigneusement tenus secrets, bien qu'il soit difficile maintenant d'en donner la raison, à moins que les parties aient été, et cela est à vrai dire possible, embarrassées par l'affaire »,vi il a ajouté foi aux accusations de suppression de preuves portées plus tard. Pourtant, même si Haliburton était sympathique à la cause des Acadiens, il a avancé que si les Acadiens

devaient déplorer qu'ils ont été condamnés sans procès, que leurs accusateurs étaient aussi leurs juges, et que la peine imposée dépassait de beaucoup l'offense commise, ils devaient aussi attribuer leurs malheurs aux intrigues de leurs compatriotes au Canada, qui les ont détournés de leur allégeance à un gouvernement qui était disposé à les protéger et à s'occuper d'eux, et qui les ont entraînés dans une rébellion qui devait, et il était facile de le prévoir, finir par leur ruine.vii

Le récit d'Haliburton est devenu la pièce maîtresse de récits futurs et en particulier du poème Evangeline, publié en 1847 par Longfellow,viii et de l'ouvrage de E. Rameau, La France Aux Colonies : Études Sur Le Développement de la Race Française en Amérique: Acadiens et Canadiens, publié à Paris en 1859. Rameau, qui avait accès aux Archives de Paris, considérait que la conduite du gouvernement de Louis XV envers les Acadiens était perfide et il se préoccupait peu de la conduite des Anglais.ix Akins, dans son exemplaire du livre de Rameau, nota avec soin sa bibliographie, probablement afin de commander des texte qu'il ajoutera à sa collection.x Beamish Murdoch, dans son ouvrage intitulé History of Nova Scotia or Acadie, s'est basé essentiellement sur les documents recueillis par Akins et il a porté peu de jugements sauf de dire que « Même si nous voyons clairement que l'Angleterre ne pourra vraiment jamais maîtriser cette province tant qu'ils [les Acadiens] y demeureront, notre sens de l'humanité est touché par l'expulsion elle-même et encore plus par la gravité des circonstances concomitantes. »xi Par contraste, Duncan Campbell, qui s'est aussi basé sur les documents recueillis par Akins pour écrire son Nova Scotia in its Historical, Mercantile and Industrial Relations, était prêt à débattre la question. Il a beaucoup cité l'abbé Raynal et il a cru, à tort, que Evangeline de Longfellow était basé sur son livre. Après avoir mis en doute la nature romantique attribuée aux Acadiens, il a accepté le fait que l'expulsion ait été nécessaire pour des raisons d'État, mais qu'ils auraient dû être envoyés en France.xii

C'est durant les années 1880 que ce débat littéraire est devenu une affaire publique et que les Néo-Écossais se sont sentis obligés de défendre la déportation. Le débat a d'abord repris avec la publication en 1884 d'un ouvrage de Francis Parkman intitulé Montcalm and Wolfe et qui contenait un chapitre sur l'expulsion des Acadiens. Parkman a consulté un grand nombre de documents non publiés mais, pour ce chapitre, il s'est beaucoup inspiré des Selections d'Akins et du Journal de Winslow.xiii Parkman a adopté la position selon laquelle « l'humanitarisme de la Nouvelle-Angleterre, se fondant en sentimentalité devant le récit de ces malheurs, a été injuste envers ses propres habitants. » Il a conclu que les agents de la cour de France avaient rendu « nécessaire une quelconque intervention » et que « le gouvernement de Louis XV avait commencé par faire des Acadiens ses outils et il a fini par en faire ses victimes. »xiv Ensuite, en 1886, sir Adams Archibald, président de la Nova Scotia Historical Society, a donné deux conférences sur la déportation, conférences auxquelles a assisté Akins. Selon lui, il ne faisait aucun doute sur qui devait retomber le blâme. L'expulsion était une « douloureuse nécessité » compatible avec le « maintien de la puissance britannique " et la « protection des habitants britanniques ». Les « vrais auteurs de ce tragique événement ont été les gouverneurs français à Québec et à Louisbourg et leurs agents, laïques et religieux, dans la province. »xv Un débat s'en est suivi, par le biais de lettres à l'opinion du lecteur dans le Morning Herald, entre Archibald et l'archevêque Cornelius O'Brien sur la question morale en cette « période vouée aux excuses ».xvi Il va sans dire que le Presbyterian Witness se devait de répondre à l'archevêque, ce qu'il a fait en soutenant Archibald et en profitant de l'occasion pour accuser l'archevêque de « blanchir » l'histoire du Vatican dans son ouvrage After Weary Hours, publié l'année précédente et qui n'a absolument rien à voir avec la déportation.xvii

En 1887, l'abbé H. R. Casgrain, professeur à l'Université Laval, publiait Un Pèlerinage au pays d'Evangeline, ouvrage qui est une espèce de journal de voyage, mais aussi une histoire des Acadiens. Après avoir passé l'hiver de 1887-1888 à Londres à examiner les documents au Public Record Office et au British Museum, Casgrain en était venu à la conclusion que

Les Choix des Documents publiés à Halifax a été évidemment fait en vue de justifier le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse de la déportation des Acadiens. Pour cela on a éliminé systématiquement et laissé dans l'ombre les pièces les plus compromettantes, celles qui pouvaient le mieux établir les droits des Acadiens. Qu'on remarque bien que le compilateur [Akins] de ce volume n'a pas le droit de plaider ignorance, car il indique lui-même en plusieurs endroits qu'il a étudié les pièces officielles du Public Record Office, afin de les confronter avec celles d'Halifax.xviii

Casgrain a porté ses accusations dans un papier présenté à la Royal Society of Canada en mai 1888. Il y soutenait que la bureaucratie britannique, et sourtout celle d'Halifax, avait été perfide et que Francis Parkman avait tenté d'effacer « la tache » que l'histoire avait infligée à ses compatriotes. « Il n'est pas de pire faute que celle de vouloir excuser ce qui n'est pas excusable. » Il prétendait de plus que la Nova Scotia Historical Society, en publiant « Judge Morris' Remarks Concerning the Removal of the Acadians » dans le Volume II de ses Collections, avait tronqué le texte et que, sans l'ombre d'un doute, avait laissé de côté tout ce qui était compromettant.xix Dans la pure tradition journalistique, le Nova Scotian a immédiatement répliqué aux accusations de Casgrain : « De toute évidence, les accusations injustes portées contre l'intégrité historique du vénérable Dr Akins ne peuvent qu'amuser les gens de la province où sa réputation sans tache est si bien connue. »xx

L'année après la publication de l'ouvrage de Murdoch, History, Rameau est arrivé à Halifax où Murdoch lui avait obtenu la permission de consulter les archives du gouvernement. Ou Akins a suivi la politique très restrictive de l'ancien State Paper Office comme l'avait décrite Brodhead, ou il a été tout simplement difficile, mais il n'a pas permis à Rameau de copier quelque document que ce soit ni même de s'asseoir, et il a vu à ce que des commis le surveillent.xxi Il semble qu'Akins n'aurait pas rencontré Rameau et Murdoch aurait agi comme intermédiaire. En venant à Halifax, Rameau voulait obtenir de l'information pour son livre Une Colonie Féodale en Amérique. Le premier tome couvrant la période de 1604 à 1710 a paru en 1877 et, en 1889, il a publié une édition en deux volumes pour la période 1604-1881. Il s'agissait d'une étude savante et complète des Acadiens. Il avait consulté pour cela un large éventail de documents publiés et non publiés, auxquels il a fait beaucoup référence, et Casgrain lui avait fourni des transcriptions qu'il avait faites à Londres. Rameau considérait la déportation comme un crime et avait condamné Lawrence et « ses satellites ».xxii Dans ses Selections, Akins avait ajouté une note sur la question du serment d'allégeance et avait conclu « qu'aucun serment d'allégeance conditionnelle » n'avait été consenti par un gouverneur ni autorisé par le gouvernement britannique.xxiii Bien que Rameau ait mis en doute cette interprétation, il n'a nulle part accusé Akins de suppression de preuves comme Casgrain l'avait fait. Il a cité Haliburton sur le « Mystère des Archives d'Halifax » et il a soutenu que l'absence de documentation pour la période allant de la fin août à la fin octobre 1755 découlait du fait que Lawrence et d'autres avaient voulu cacher leur spéculation sur le bétail des Acadiens.xxiv

La première réaction littéraire aux accusations de Casgrain est venue du professeur H. Y. Hind dans un document présenté à la Nova Scotia Historical Society le 10 décembre 1889. Il considérait ces accusations comme « une question de la plus grande importance visant l'honneur et la crédibilité de la Nouvelle-Écosse et du Record Commissioner », et tant que la question ne sera pas réglée, « il serait inutile de parler de l'histoire de ce pays à partir des archives de la Nouvelle-Écosse ».xxv Hind a réglé la question de l'accusation portée contre la Society en indiquant, comme il se devait, que le dernier paragraphe de « Judge Morris' Remarks on Removal of the Acadians » appartenait à un autre document et qu'il avait été inséré par erreur.xxvi Hind s'en est aussi pris à Casgrain et à son utilisation des preuves et a mis en doute la thèse voulant que les Acadiens et leurs prêtres aient été neutres. Après la présentation de son document, la Society a adopté une résolution confirmant sa «pleine confiance dans l'intégrité du Dr Akins, notre excellent commissaire aux archives. Nous le savons incapable de supprimer ou de mutiler un quelconque document public et nous déclarons par la présente que les accusations portées contre lui sont absolument sans fondement. »xxvii

La réplique de Casgrain est venu sous forme d'une lettre au Morning Herald en avril 1890 où, après avoir renouvelé ses accusations contre Akins, il a affirmé que « le compilateur lui-même ne cache pas le fait qu'il a non seulement profité des installations pour étudier les documents officiels à Londres, mais qu'il en a profité » pour omettre les documents les plus compromettants.xxviii Casgrain a supposé qu'Akins était à Londres à partir d'une lecture erronée de la préface des Selections, et parce que le tome des Selections avait été publié en vertu de l'autorité du gouvernement de la Nouvelle-Écosse, il a suggéré que l'on tienne « une enquête judiciaire sur le sujet ». Akins a répondu par le truchement d'une lettre quelques jours plus tard.xxix Il y a précisé qu'il n'était jamais allé à Londres et qu'il était donc à la merci de ses copistes. Une grande partie des documents qui, selon Casgrain, avaient été délibérément omis étaient « des pièces jointes à des dépêches des gouverneurs à Annapolis et destinées à l'Angleterre, dépêches qui n'ont jamais été envoyées d'Annapolis à Halifax » à l'époque où le gouvernement a été transféré en 1749. Akins ne connaissait tout simplement pas leur existence en 1869. Compte tenu des restrictions financières limitant l'importance du volume, il avait résumé un certain nombre de documents, mais il a précisé qu'il y avait dans ses Selections des documents qui étaient favorables aux Acadiens. En réalité, les accusations portées contre Akins étaient tout à fait sans fondement puisqu'Akins avait publié, presque intégralement, tous les documents qui concernaient les Acadiens et qui étaient en sa possession en 1869.xxx À mesure qu'il a trouvé de nouvelles sources de documents après 1869, il a pris des arrangements pour en faire faire la transcription en fonction de ses moyens financiers.

L'explication d'Akins aurait dû mettre un terme à ce débat plutôt passionné au sujet des Selections. Pourtant, après sa mort, d'autres auteurs ont continué d'accuser Akins, si ce n'était pas d'avoir tout simplement supprimé des preuves, à tout le moins de partialité, dans sa sélection de documents. Édouard Richard, dans son livre Acadia: Missing Links of a Lost Chapter of American History, publié en 1895, n'a pas « hésité à affirmer que les documents ont été choisis avec la plus grande partialité, et de manière intentionnelle, avec l'intention à peine dissimulée dans la préface, de réunir des documents qui pourraient justifier la déportation des Acadiens. »xxxi Arthur Doughty, dans son livre The Acadian Exiles publié en 1916, considérait les Selections comme la collection « la plus précieuse » de documents pertinents, mais « l'éditeur avait pris beaucoup de libertés avec ses textes ».xxxii Doughty n'a pas précisé quelles libertés Akins avait prises, mais il a sans doute utilisé ici un euphémisme pour parler de la suppression de preuves. Le dernier écrivain à mettre en doute l'intégrité d'Akins a été Naomi Griffiths dans sa thèse « The Acadian Deportation: A Study in Historiography and Nationalism ». Selon elle, « il est fort certain que la sélection des documents d'Akins en est une des plus arbitraires. » Mais elle ne fournit pas d'autres preuves que la déclaration de Doughty citée ci-haut.xxxiii

Les accusateurs d'Akins, passés et contemporains, ont semblé incapables d'accepter qu'il ait choisi en 1869, comme il l'a déclaré dans sa préface, « tous les documents en la possession du gouvernement de cette province qui pourraient, d'une manière ou d'une autre, jeter un éclairage sur l'histoire et la conduite des habitants français de la Nouvelle-Écosse, dès leur arrivée sous le régime britannique jusqu'à leur expulsion finale de ce pays. » Akins a été le premier à constater que sa sélection était incomplète et il s'est beaucoup efforcé d'obtenir les transcriptions de documents pertinents dès qu'il en apprenait l'existence. C'est Akins qui a fourni les transcriptions tirées de la collection de manuscrits d'Andrew Brown pour publication en 1881 par la Nova Scotia Historical Society. On y retrouvait une remarque de Brown stipulant qu'il ne connaissait « aucun acte aussi répréhensible que l'expulsion des Acadiens, acte dont on peut accuser la France. Rien n'a jamais été fait dans ses colonies qui soit aussi cruel et atroce. »xxxiv Si Akins avait souhaité supprimer ces remarques, il aurait pu le faire, mais il a vu à leur publication. Comme il l'a précisé assez clairement dans sa préface, Akins n'était pas d'avis que la déportation était justifiée, mais il n'a pas délibérément supprimé de preuves en sa possession, ni à ce moment-là ni plus tard. …/




Endnotes:

i Rapport du Commissaire aux archives, Journals of the Legislative Assembly [ci-après JLA], 1859, ann. 8, p. 67

ii Rapport du Comité sur la Commission des archives, JLA, 1865, ann. 49, p. 1

iii La liste de distribution est dans le livre de la Commission des archives

iv Le journal n'a pas été trouvé. Le rév. Andrew Brown a rédigé une note au sujet de l'incident et les réactions de Bulkeley et de Deschamps présentées plus loin sont tirées de ses papiers. Voir RG 1, Vol. 363, doc. 37, APNE.

v Nova Scotia Magazine, avril 1790, pp. 288-9

vi Haliburton, An Historical and Statistical Account of Nova Scotia (Halifax, 1829), vol. 1, p. 196

vii Ibid, p. 198

viii Voir père Alfred Landry. « The Historical Origin of the Poem Evangeline », La Société Historique Acadienne, vol. III, no 3 (avril - juin, 1969), pp. 112-7.

ix Par exemple, en p. 55, il déclare que « la culpabilité du gouvernement français fut plus grande que celle des Anglais ».

x Comme c'est le cas de bien des livres dans sa bibliothèque, maintenant aux APNE, Akins a coché les document néo-écossais mentionnés pour en commander plus tard les transcriptions.

xi Beamish Murdoch, A History of Nova Scotia or Acadie (Halifax, 1865), vol. II, p. 298.

xii Duncan Campbell, Nova Scotia in its Historical, Mercantile and Industrial Relations (Montréal, 1873), p. 131

xiii Mason Wade, The Journals of Francis Parkman (New York et Londres, 1947), vol. II, pp. 547-8. Wade dit que « l'opinion moderne est que Parkman a été induit en erreur par des preuves insuffisantes et altérées » (p. 548), ce qui justifie les accusations de l'abbé H. R. Casgrain, accusations que je soutiens être sans fondement dans les paragraphes suivants.

xiv Francis Parkman, Montcalm and Wolfe (Boston, édition de 1897). p. 284

xv Sir Adams G. Archibald, « The Expulsion of the Acadians, Part II », Collections, vol. V, pp. 94-5.

xvi C. O'Brien, archevêque d'Halifax, au Morning Herald, 6 novembre 1886.

xvii Presbyterian Witness (Halifax), 13 novembre 1886.

xviii L'abbé H. R. Casgrain, « Éclaircissements sur la question acadienne », Proceedings and Transactions of Royal Society of Canada for the year 1888, vol. VI, section 1, p. 24.

xix Ibid, p. 50 et nbp 1, p. 48

xx Nova Scotian, 22 juin 1889

xxi Pour des lettres concernant la visite de Rameau, voir MG 1, vol. 436, dossier 5, APNE. Il peut être inapproprié d'attacher trop d'importance aux difficultés que Rameau a rencontrées. Akins était absent et les commis ont peut-être été trop zélés.

xxii Rameau de Saint-Père, Une Colonie Féodale en Amérique : L'Acadie (1604-1881) (Paris, 1889), vol. II, p. 175.

xxiii Selections, nbp, pp. 263-6

xxiv Rameau de Saint-Père, Une Colonie Féodale en Amérique, vol. II, pp. 163-6

xxv Rapport de réunion dans le Morning Herald, 11 décembre 1889.

xxvi Tobin s'est vraisemblablement mélangé dans son travail de transcriptions pour Akins au British Museum, puisque les paragraphes incorrects sont les derniers paragraphes du document suivant dans la série, également de Morris, et intitulé « Causes of the War in 1755 ». Casgrain aurait dû noter ce fait lorsqu'il a utilisé les originaux au British Museum et la Society aurait dû faire de même avant de publier une incohérence évidente dans le texte.

xxvii Procès-verbal, Nova Scotia Historical Society, 10 décembre 1889, MG 20, vol. 211, APNE.

xxviii Morning Herald, 4 avril 1890.

xxix Ibid, 12 avril 1890.

xxx Je n'ai pas comparé tous les documents dans les Selections avec les originaux, mais parmi ceux vérifiés, il n'y a pas d'erreurs et personne d'autre depuis leur publication n'a trouvé d'erreurs. Lorsqu'Akins n'incluait pas le document au complet, il l'indiquait et aucune des suppressions vérifiées me semble justifier les accusations. Les suppressions consistent surtout en de longues instructions. La principale accusation contre Akins en était une d'omission, que des auteurs venus plus tard ont interprétée, sans vérifier les faits, comme de la « partialité », « de la suppression de preuves », etc.

xxxi Édouard Richard, Acadia: Missing Links of a Lost Chapter in American History (Montréal, 1895), p. 13

xxxii Arthur Doughty, The Acadian Exiles (Toronto, 1916), p. 167.

xxxiii Naomi E. J. Griffiths, « The Acadian Deportation: A Study in Historiography and Nationalism » (thèse de maîtrise non publiée, Université du Nouveau-Brunswick, 1957), p. 129.

xxxiv Collections, vol. II, p. 150.